La Roussille : une écluse, une rivière, et six siècles d'histoire à 15 minutes de Koralia
La chambre la Roussille porte le nom d’un lieu-dit discret niché au bord de la Sèvre Niortaise, à une quinzaine de minutes à pied depuis Koralia. Son nom viendrait du mot poitevin roussea, qui désigne à la fois la couleur rousse des saisons et les rouches — ces joncs qui bordent la rivière et lui donnent son caractère sauvage. Un nom de terrain, de rivière, de nature vraie.
Une écluse qui a fait de Niort un port
L’écluse de la Roussille est l’une des plus anciennes écluses à sas de France. Construite en 1394 par le duc Jean de Berry, comte de Poitou, elle retenait les eaux de la Sèvre pour permettre la navigation et le commerce fluvial, faisant de Niort un véritable port intérieur. La plus importante des huit écluses entre Niort et Marans, elle commandait les échanges entre la ville et le Marais poitevin depuis plus de six siècles.
Sur l’ancien poste de l’éclusier, une pierre gravée porte la date de 1808 : le passage de Napoléon Ier à Niort, qui régla par décret impérial la navigation sur la rivière. On s’arrête devant elle sans forcément y prêter attention, et puis on réalise ce qu’elle dit. C’est souvent comme ça avec la Roussille — on croit faire une simple balade et on rentre avec quelque chose en plus.
Le chemin de halage, entre deux journées de réunions
Depuis Koralia, le chemin de halage depuis Port Boinot longe la Sèvre sur un tracé quasiment plat, bordé de platanes et de prairies. On y marche en silence, on y court tôt le matin avant que la ville ne s’éveille, on y pédale sans effort. Le cadre est à la fois ordinaire et saisissant — ce vert dense, ce clapotis, ces hérons immobiles — et il produit exactement l’effet inverse d’une journée de réunions. Les paysages s’élargissent doucement vers le Marais poitevin, sans qu’on ait à prendre la voiture ni à organiser quoi que ce soit.
À l’arrivée, l’auberge de la Roussille, installée dans une bâtisse du début du XIXe siècle, propose une pause gourmande dans un cadre bucolique — le genre d’endroit où l’on s’attarde plus qu’on ne l’avait prévu.
1911 : la Roussille en révolution
La Roussille n’a pas toujours été aussi tranquille. En 1911, un litige entre l’aubergiste Giraud et le garde-éclusier autour de l’usage de la passerelle tournante mit en émoi tout le hameau. La passerelle fermée, c’est tout un quotidien qui se retrouvait bloqué : vaches pour la traite, habitants, livreurs, et même, dit-on, une jument blanche qui acheminait les journaux jusqu’au lieu-dit. Les riverains craignaient les chutes nocturnes dans le bassin. On imagine la scène, les voisins en patois poitevin, la rivière indifférente. Ce petit fragment de vie locale dit à sa façon ce que la Roussille a toujours été : un passage, un carrefour, un lieu où Niort respirait.
Passionné.e d’histoire? Un dossier complet a été réalisé par Mesnager François-Philippe avec des ressources étonnantes entre le 17e et le 19e siècle.
De la chamoiserie à la cité d’artistes
Le grand bâtiment qui se reflète dans la Sèvre n’est pas un hangar ordinaire. C’est l’ancienne chamoiserie Rousseau — une des usines qui ont forgé l’identité industrielle de Niort, quand la ville tannait les peaux et fabriquait ses fameux gants. En 1981, l’usine ferme, la cheminée est démontée, mais les murs restent. La mairie confie les espaces à des artistes. Depuis, cette « Ruche niortaise » abrite peintres, sculpteurs et plasticiens qui ont fait de l’ancienne usine un lieu de création singulier au bord de l’eau. Mickaël Ferrat et Anne Vergneault y ont ouvert La Rousse, espace d’expérimentation artistique. Chaque année, les ateliers ouvrent leurs portes au public le temps d’un week-end — l’occasion de traverser ces espaces chargés d’histoire et de rencontrer ceux qui y travaillent.
Comment y aller depuis Koralia
À pied, comptez 15 à 20 minutes depuis la rue Madame de Caylus — une marche agréable le long de la Sèvre, idéale en fin de journée. À vélo, une dizaine de minutes suffisent. Des vélos en libre-service sont disponibles à Niort, et l’Office de tourisme Niort–Marais Poitevin propose des itinéraires balisés depuis le centre-ville pour rejoindre la Roussille et poursuivre vers Saint-Liguaire ou Coulon.
La chambre La Roussille et une bonne tisane vous attendent au retour — à quinze minutes à pied, ou moins si vous avez pédalé.